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Musée souterrain de la Poterie de Saint-Emilion
Hospices de la Madeleine 21, rue André Loiseau 33330 SAINT-EMILION tél. : 05 57 24 60 93
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En trois panneaux aux teintes douces mais au dessin puissant, Dominique Cour règne sans concession sur le mur de notre billetterie. Trois personnages dans un décor différencié non par la forme mais par la couleur semblent nous transmettre un message hors du temps et de l’espace. Ils captivent l’attention de ceux qui les interrogent.
Le premier, sur fond rouge, dans la force indécise de la jeunesse (est-il masculin ou féminin ? ) nous propose son double regard (est-il intérieur ou extérieur ou plutôt terrestre ou divin) en tous cas il est faible, aimable et incertain d’après les petites vagues agitant sa poitrine dans la grisaille d’un matin mal éclairé.
Mais un prophète Bâul lui a dit :
« Tu ne peux devenir que ce que tu es déjà.
Il n’y a pas d’autre chemin que toi-même.
Tu es une abeille.
Quand rien ne t’en empêche
Tu voles vers le lotus ouvert de ton cœur »
Le troisième personnage du triptyque est véritablement extraordinaire.
Il semble sortir d’un sarcophage et la trace de deux mains brûlées affirment que cette échappée ne s’est pas faite sans mal. Pourtant il est là et bien là, debout, solide, complet et son regard à la profondeur de l’intemporel, de l’universel, du sacré.
Comme le Christ du retable d’Issenheim, cet homme est transfiguré. Il est l’homme véritable, l’homme accompli ayant échappé à toutes ses faiblesses parce que l’Esprit l’a emporté et le sage Bâul du poème se demande à qui il pourrait raconter cela.
Mais à nous bien sûr ! C’est pourquoi vous le rencontrerez ici, aujourd’hui, comme si la chose était prévue. Et qui nous l’expliquera ?
« Le Gange est mort de soif.
Brahma le créateur est mort de froid.
La rue est entrée dans ma chambre
Et moi, Varandha, un voleur m’a emporté.
A qui puis-je raconter cela ? »
Ishän Jugi, le tisserand (Bâul)
Dominique COUR et l’équipe du Musée de la Poterie
vous présentent leurs meilleurs voeux
Probablement le panneau 4 sur lequel nous retrouvons le vélo tant célébré par l’artiste. Il en a fait de nombreuses sculptures étonnantes qui ont trouvé place chez une élite de collectionneurs.
Mais cette fois-ci c’est une peinture provocante rappelant certains graffitis urbains, mais beaucoup plus décorative. C’est une féerie de couleurs en mouvements inspirée par le poème d’un moine bâul contemporain. Jakir-ud-Din qui apporte son imaginaire théâtral à cette œuvre d’une grande profondeur métaphysique :
« Eh toi ! » interpelle le moine dont les paroles gravées sur les pneus fragiles, sur le cadre de la bicyclette et sur le mur du fond nous agressent fraternellement mais aussi irrésistiblement :
« Eh toi ! tu aimes enfourcher ce drôle de vélo ?
Il a ses deux roues remplies de vide,
notre esprit aimerait bien se tenir sur ce drôle de vélo,
L'Inde en est le fabriquant renommé.
Vu la taille du vélo, jeter la jambe assez haut
quelle histoire !
Qui en prend conscience ?
Quand on est dessus rien n'est sûr...
L'accident peut arriver à tout moment,
tenons bien le guidon à deux mains
et suivons notre route.
JAKIR-UD-DIN annonce:
« Quand tout cela finira à la casse
j'ai bien peur que ce drôle de vélo
ne serve qu'aux chiens et aux chacals
pour qu'ils se fassent les dents. »
(Jakir-ud-Din "poète Bâul" du Bengale = celui qui est affecté ou emporté par le vent)
Cette œuvre dont la fabrication patiente a été celle d’une icône rayonne d’une spiritualité simple parce qu’elle est vraie et vraie pare qu’elle est simple.
Sauter sur ce vélo quelle histoire ! Mais aussi quel bonheur !
Alain Querre
Le second personnage sur fonds noirs et terres brûlées est physiquement adulte. Il cherche dans le passé de l’espace (des écrits rongés par le temps) et dans les forces vives du présent (la baguette du sourcier) un chemin qui n’est pas fleuri mais couvert de pointes acérées comme le carré de sa poitrime. Absorbé par sa tâche il a lui aussi un doubl regard mais c’est un regard de myope et s’il paraît danser entre les encres éffacées c’est qu’il est mal à l’aise dans le pré carré de son existence. Il a brûlé son passé mais il n’a pas encore trouvé son avenir. C’est l’âge moyen de toutes les époques et un cadre blanc nous rappelle que c’est aussi la nôtre.
Le poème de Claire Cour le décrit :
Mi sourcier, mi sorcier
Danse rituelle entre ciel et mer
Tes pas comptés…
Ombres d’ambre brûlée : encres effacées.
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